Miyèt moso


 
Verite ak rabè
Sa je pa wè pwoteje kè
Pa konnen pa nan kont
Alarive lavi
Tout miwa al kache
M konnen m wozo
Sa w bezwen pliye m fè ?
Alarive lavi
Lanmò pa ka kenbe m

Schebna B. V. Bazile

Préface || Renée Vancie MANIGAT


Lavi pa toujou antye. Lavi pa dwe toujou antye. Lavi konn bezwen respire, detire kò l, re-envante tèt li. An miyèt moso pa oblije vle di kraze. Li kapab senbòl miltiplikasyon. Konsa, ti retay yo simen toupatou, ofri okazyon pou chak moun jwenn moso. Moso lavi, moso lajwa, moso lespwa. E menm nan move tan, zenglen yo va glise soti nan djakout nou, pou aleje lespri n…

Prix Poésie Jean-Elie François, chak ane, raple m kijan pwezi se tankou yon gran rivyè k ap charye santiman ki sot nan tout rakwen pou koule, san pèdi wout li, nan nenpòt sezon, jouk li rive nan pwofondè kè letènite. Pou tout moun ki pral dekouvri jèn otè sa yo, ki pral viv pwezi ki kache nan nanm jèn ayisyen pou peryòd sa nan listwa peyi a, m vle di nou literati se sa ki kite tras nou, rasanble n, konstwi n, idantifye n.

Yon nouvo rekèy nan memwa Jean-Elie François, yon nanm prekòs, ki matrite avan lè l. « Miyèt Moso » se yon eksperyans pou pou raple n ke n antye, menm si tout fragman m pa nan menm plas.


Sandlyne NARCISSE || Nou la


Nou la, n ap foubi tan
Ak de twa ponyen fèy similak
Mwen la, m ap pyese jou
Yon moso ayè pou de moso jodi,
yon moso demen pou de moso ayè
Jou yo donnen tankou lam move sezon
Yonn pa vo lòt
Solèy peze do yo jiskatè

Kè kontan n monte bitasyon l nan mitan kalfou madichon
Anba tonnèl Grann Dede l ap pase siye machwè l
Rele l ti kata
Men kapris li sele menm chwal ak endosilite l
S on madan-sara k ap pyange pou plezi l
Se pa nesesite k mete l nan lari
Se lavanti k fè nich nan pla men l
Chay pa fè l pè

Kè kontan n monte lotèl li sou chimen pinga
Li gade lavi nan je,
Li danse koudjay sou tonb lespwa
Se pa nenpòt tonnè ki ka sekwe mwèl li

Pa bò isit, doulè pa gen batistè
Mouche malè pandye tèt ba
Li konn tout pwezi, tout litani
Ata bonjou l pa vle di laverite

Men jou va, jou vyen!
Mantò plen vant rapid, men l rebitan
Kay koule twonpe solèy, men l pa twonpe lapli

Ou ka fè lago ak kò m, ou ka fè m dewoute
Men avan nanm mwen gaye
Avan lòlòj li ta vire jouk pou l ta bliye pòtè l
Avan nanm mwen ta anfouraye
Rèl mwen gen pou pèse w
Vwa m s on latwoublay an kreyòl rèk
Jou va, jou vyen!

Pou chak kò rebèl
Yon lespri rebèl
Yon nanm rebèl
Yonn kouvri pou lòt
Yonn pare kou pou lòt

M a kenbe chandèl pou tout kò san demen
k ap defann yon nanm avili
Pou tout kò maspinen, pou tout viktim
Pou nanm mezi yon pyas k ap deregle balans
Nanm toumante
Nanm enpèmeyab
Nanm desperado
Nanm egzile san bousòl
Nanm mèt-dans

Sa k ka kenbe toujou, kenbe.
Jou va, jou vyen!


Witerwan Kenley JEAN || Mordre l’espoir



Ceci n’est pas un poème
Des fragments de mots ensanglantés
s’entrechoquent dans mes pensées
Mon âme est dépossédée
Ma plume accouche des verbes-fantômes
Comme si un orage imprudent
avait établi son logis sous ma peau

Je suis ce petit orphelin
qui lézarde les rues de la Capitale
Ce petit corps malnutri
à la bouche plus large que les poches
qui pisse sa rage sur le bitume
sans s’excuser de l’insolence de ses gestes
Cet être fragile, en mal d’étreinte
errant sous un ciel tuberculeux
Des pneus brûlent sur ma langue
Des tessons pavent ma gorge
Fragile, délicat,
tel un tic-tac sur un terrain de guerre

Dès ma naissance, la mort me courtise
Pardonnez mes yeux plus grands que mon ventre
J’ai tendance à mâchonner le temps à l’excès,
à attraper au vol l’espoir destiné à d’autres
Je suis un petit bohème sans nom
Pardonnez l’insolence de mes pas
Je suis le sillage des ossements de ma ville
Où je vais ne peut être pire que d’où je viens
J’avance, nez en l’air, cœur en réserve
Les mots se bousculent sous mes ongles
Mais ceci n’est pas un poème


Wasly NORIS || Cousin

ici
il fait un temps de cadavre
pas d’abri, pas de havre de vie
il fait un temps antihumain

mon squelette se fléchit à force de marchandage
je tourne en rond, comme un cobaye en cage
je bois ma soif, je mange ma faim
et je dégobille après chaque bouchée d’orage
la misère me provoque comme mon ombre

c’est une lutte sans fin
entre ma terre qui chante à l’exil
et mon ciel qui me conte mes racines
entre ma terre arrosée des griefs de mes frères
et mon ciel troué de balles dites perdues

chaque matin
ma tombe me dit bonjour
sourire aux lèvres, prometteuse

chaque soir
mon espoir s’étripe
mes rêves s’asphyxient

Ayiti
mon pays en chute libre
cimetière de mon destin
pays-mangeur de rêves
pays-crime
pays-tombeau
pays-suceur-de-sang

pourvu que les mers m’embrassent
pourvu qu’elles me régurgitent loin d’ici
loin de tout, loin de mes poches trouées
et loin des miroirs aussi

cousin
si tu peux changer de ciel
n’hésite pas
vas-y en courant
ici on ne vit pas
vas-y en trépidant
sauve-toi ; la vie t’attend ailleurs
épouse d’autres horizons
fais du bouche-à-bouche à tes rêves
pourvu que de ton existence soit une poésie
cousin, si tu peux changer de ciel
n’hésite pas 






John Joseph || Pour Cap-Haïtien


Tendre ville,
Dis-moi comment espionner le temps
Et remonter aux jours de ton visage souriant
Dis-moi comment calmer tes élans
Tu rages telle une mer
Refusant de s’endormir dans les bras des ordures

Devant l’air fier de tes monts
Le vent reste debout
Le soleil hurle jusqu’à l’étouffement
Et nos horizons ne sont que fantasmagorie

Combien faut-il de fleurs sur les tombes de tes rêves
Combien de branches pour recouvrir et cacher tes maux
Combien de lucioles pour que tes rues reprennent vie

Ville vulnérable
Ville boiteuse, sans béquilles
Ville portant l’empreinte de l’âme de Jean-Élie François

Ma tendre ville,
Je t’aime comme si la cloison des aubes n’existait pas
Je t’aime
Comme une nuit sculptée au rythme d’un tam-tam lointain
Je t’aime à l’envers, à l’endroit
Je t’aime fou
Je t’aime sans calendrier


Holdykens Lainé || Je suis noir


Je délie ma couleur de peau
dans mes souvenirs
Pétrifié par ces chaînes
qui nous servaient de stèle
dans les ossuaires de la vie.

Je suis noir

Je trimballe mon avenir
Regard rivé vers les cieux
J’avance, malgré les entraves
Malgré mes larmes, malgré le vent
Ma voile reste immuable
La mer a soulevé sa jupe
La terre ferme me nargue
Mais mes pas s’enracinent

Je suis noir

Je délie ma couleur de peau
au soleil furieux du midi
Je suis un nègre endurci
forgé par des terres arides
à l’effigie d’hommes blancs

Dans la virginité de l’ébène,
j’ai brodé mon épiderme
Le néant prend vie en moi
Tout devient net

Je suis noir

La face cachée d’une lune
Le mystère d’une ombre
Je suis arc-en-ciel
dans un monde dichotomique

Je suis noir.


Sergino Gédéon || Lettre d’ébène


Ce n’est pas sur une feuille que je t’écris
Mais sur ma peau de sauvage.
Je t’écris mon poème de martyr
Aux lourds vers des corvées
Cadencés au rythme des fouets
Et qui se riment à la brûlure du soleil.

Je t’écris ma passion
Du son révoltant du tambour au crépuscule
De l’appel à l’unité qui accompagne le lambi
Et des contes du soir qui nous rassemblent autour du boukan

Je t’écris mon insoumission
Aspiration à la liberté
Virus de la servitude
Qui refuse l’exploitation humaine.

Je t’écris ma colère de nègre
Aussi explosive que les canons de l’Occident
Aussi noire que ma vie
Aussi noire que ma peau
Aussi écarlate que le sang de mes ancêtres
Et farouche telles les flammes
qui ont rongé ces champs de canne.

J’ai beaucoup à t’écrire
Mais hélas !
Il ne me reste que très peu de place
Sur ma peau de sauvage mutilée.


Leïdena Scardie Pierre || Souvenirs décrépis


J’entends au loin les piaillements des oiseaux.
Ces volailles n’attendent pas de lever de rideau pour leur numéro.
L’odeur enivrante du café me vient de la cuisine, me caresse l’odorat.
J’ouvre les yeux. Une tendre lumière se faufile entre les brèches de la tonnelle.
Je vois maman. Ses yeux rieurs reflètent toutes les étoiles. Elle me sourit.
Mon père vient vers moi, portant un plateau de kasav et de pendou. Il m’embrasse.
Je prends une profonde respiration puis me redresse sur mon lit.
Ma mère me tend une godette émaillée de café au lait comme je l’aime.
Le sucré du lait et l’amer du café ne semblent plus si opposés sur ma langue.
La rosée tombe encore. Je sors pieds nus sur l’herbe fraîche de l’avant-cour.
Le vent me caresse le visage. Un coq crie dans le voisinage. Je suis bien…
Je me surprends à chanter un air que je ne connaissais pas avant.
De jeunes dames, sûrement des lessivières, me saluent au passage.
Elles portent sur leurs têtes des paquets enveloppés dans de grands draps.
Elles marchent en cadençant, leurs robes carabela virevoltent à chaque pas.
Au loin, la musique d’une konbit s’élève, énergique et rythmée.
Tina et Didine dorment encore, fatiguées de la longue séance de contes d’hier soir.
C’était la pleine lune. Grann Yaya nous a sorti toutes ses histoires de loup-garou.
Dès qu’elle s’écriait « Tim-Tim ! », « Bwa chèch ! » répondait son audience fidèle.
Le soleil fait encore son timide. Je prends bien soin de tout ressentir.
Des rêves aussi livides, je n’en fais pas tous les soirs.
Et moi, quand je rêve d’Haïti – quand je rêve de cette Haïti-là,
de ce bonheur fragilisé, de ces fragments de bien-être illusoires,
Quand ce sillon de lumière s’immisce dans mon subconscient,
J’en profite la moindre seconde.
Parce qu’à ces moments, j’arrive à croire ;
Tel le phénix, mon Haïti, tu renaîtras de tes cendres.


Ben Johnson Juste


Sous le soleil téméraire d’une cité perdue
Les jours passent mais la vie reste suspendue
Cité tirée par les entrailles, tes rues sont mises à nu
Tes aubes sont fades, petite Cité Soleil à perte de vue

L’espoir a séché comme les fleurs de certains bouquets
Bouquets en croix, symbole bien rangé dans un paquet
Scellé, maudit, envoyé en pâture aux chiens galleux
La Croix-des-Bouquets porte son nom comme un gueux

Terres promises, terres de toutes les possibilités
Tes fils sont à genou, mais pour d’autres finalités
Tous tes villages, Canaan, Jérusalem, de Dieu
Ils fulminent à en perdre la foi, à en perdre leurs feux

À tous les carrefours, on tombe telles des feuilles mortes
Carrefour-Feuilles ne sera pas la première Cité-tombeau
On fuit, on tombe, on prie, on frappe à toutes les portes
C’est un pays kamikaze qui joue à la roulette russe en solo


Tcherry Ibrahim Mervenson Antoine || Mes prières


Mon cœur qui bat
Est un récital de tambours.
Ses notes transpercent le silence.
Son rythme est saccadé.

Le noir m’étrangle
Dans cette nuit étrange.
J’écris dans la poussière
de longues prières pour ma terre.
J’ai gravé sur ma peau
Tous les tressaillements de mon cœur
Mes peurs, mes doutes, mes émois.

J’ai comme des bosses
qui se bousculent dans ma voix.
Quand je te dis que j’ai mal
pour ce pays que je porte !
J’ai mal à toutes mes artères
À chacune des larmes qui me vident

Des orages empourprent mon regard
Quand je te dis que j’ai mal
à cause de ces villes orphelines
que je traine dans les replis de ma mémoire

Si tu vois mon sourire
Sache que c’est une plaie ouverte
C’est ma faille la plus béante
Et elle saigne un peu plus
Quand je croise des regards d’enfants

Mes meurtrissures sont infinies
Mon sang est mon encre
Mes prières sont ces poèmes
qui s’allongent jusqu’au ciel
Écrits en vrac,
Sur les pages de paix
que le mauvais-œil
veut recouvrir
d’impacts de balles


Wolky Dorrelus || La vie en poème


L’aube revient ;
j’entends le soleil qui danse au loin
au rythme de la ville qui se réveille enfin.

Pas d’ouragan, pas d’orage
pas de nuage, ni de mauvais présage
Tout est clair, tout est beau

Nous allons dessiner
partout dans les rues
l’empreinte de nos années

Comme un poème d’urgence
nous écrirons sur tous les murs
les couleurs de notre amour

Et les passants, en nous voyant
se diront que c’est le temps de l’art,
c’est le temps de la vie en poème.


Rosecadelle Benjamin || Kèk tan


Jou ap pase
Toujou menm kout bwa,
menm kout rèl yo.
Janmen satiyèt zòrèy tan.

Nou lage
de bwa balanse
Anyen pa sèten
Lè ou wè a, se li ki konte
Nou lage
Tankou bèt savann
San jodi
San demen

Sa fè kèk tan
Depi kri n yo ap soti san son
Kèk tan
Depi n ap fredone yon sèl refren
«Mouche lanmò
Ochan pou ou
Me m la
Pran m »

Kèk tan
Depi malè pa gade je
Lanmò pa vannen
Latè louvri pye l tout lajè
Ap resevwa kadav san konte

Gwo kadav
Ti kadav
Kadav polisye
Kadav doktè
Nanpwen kote pou lote

Jodi se pou yo
Demen se tou pa w
Leta mete kontra sou tèt nou tout

Kanta pou mwen
Sa fè kèk tan
depi m s on kadav ak souf
K ap tann pip mwen kase


Rénaldy Markly Charles Desravines


L’illusion peut être éternelle,
Mais l’éternité n’est qu’une illusion.

Pendant longtemps,
tu m’as laissé croire
que la perfection existait.
Tu n’avais pas d’égal
Mon rayon de bonheur
Mon étincelle magique
Mon aire de quiétude

Mais hélas !
La réalité m’a rattrapé
Ton soleil s’est éteint,
Ma flamme est balayée,
Emportant tout le beau de toi.
J’ai le cœur en miettes,
Me voilà seul,
Nu,
Face à ma déchéance.

Il était une fois.
Une seule et dernière fois.


Ney-Tebi Mesidor || Si un jour


Si un jour je m’en vais
Visiter l’au-delà
Si un jour je partais
Pour ne plus revenir ici-bas

Que le vent accompagne
Mes mots de là-haut
Jusques à ma compagne
Pour apaiser ses maux

Que les vagues des mers
Porte mes derniers vers
Sur les rives de ton cœur
Toi, mon âme sœur

Que l’oiseau en été
Avec zèle et agilité
Chante l’amour à mes frères
Sur un air impossible à oublier

Rappelle à mes enfants
Si mignons et charmants
Que même dans l’éternité
Mon amour n’a pas cessé

Je leur lèguerai ma plume
Pour qu’ils prennent la relève
Pour qu’un jour de la brume
Un talent inédit se lève

Je vivrai à travers
Leurs phrases, leurs vers
Dans leurs rires, leurs pleurs
Et tout au fond de leurs cœurs


Daryl Lorenzo Moïse || Promesses des aubes bleus


gangrène et boursouflures
insomnies et détresses perdurent
la nuit devient entaille et ne s’éteint pas
le soleil est amant d’un réveil impossible
des yeux obnubilés cristallisent le moment
et plus aucune équerre pour redresser nos épaules

comment balancer le poids du temps
de l’autre côté du sablier ?
traverser les griffes de chaque escale ?
entre nos errances,
peu de jours portent un nom

la mémoire est chaise électrique
nos journées sentent l’homme-brûlé

ne pas oser
c’est être complice
ne pas s’engager
c’est endiguer la peste avec de l’aspirine

en ces quelques villes
parmi nos nombreux cris
un chapelet en œdème sur nos paumes
et nos instants d’amour à refaire

seul l’engagement patriotique vaincra

cessons d’être des étrangers
dans notre propre pays
à envisager le gris et le noir des choses
sous des ciels équinoxes

le bleu et le rouge
tanguent sous nos pieds
dépucelons le silence
du haut de sa sublime tour
que notre étendard soit Vertières


Fladimir Dorvius || Écœuré


Trop de fragments entassés
Trop de cœurs brisés
Trop d’amours sans passion
Qui se transforment en poison
Trop d’intentions sans manière
Trop d’âmes sans vie
Trop de pleurs sans cri
Trop de crimes sans répit
Trop de vies éteintes
Trop de douleurs engendrées
Trop de suicides
Trop de belles têtes bêchées

La vie caresse les pages de mon existence
Dont chaque chapitre clôt une destinée
Elle entame avec l’histoire de mon enfance
La quintessence de ma poésie confortée

La vie et la mort sont de mèche
Ils voguent sur les vagues du temps
Sur un bateau de pêche sans voile
Ils amassent les âmes sur leur passage
Selon leur caprice, selon leur humeur

La vie est une entôleuse, elle baise avec le temps
Elle trompe la réalité, elle répète l’Histoire
Elle fait fi de tout ; du présent, des crises humaines
La vie est une racoleuse ; elle est complice du schéol. 


Ralph Dominique Lima

Ma mère était un roc solide
Bout de terre défiant les mers intrépides
Par ses courbes, sa force, et toute sa constitution
Jamais le paradis n’a connu pareille compétition

Ma mère était un roc solide
Bout de terre défiant les mers intrépides
Même à genou, même sous les chaines
Elle restait vaillante, florissante et sereine

Ma mère était un roc solide
Bout de terre défiant les mers intrépides
Fatiguée de jouer la soumise, elle s’est rebellée
À prix de sang, elle a acquis sa liberté

Ma mère était un roc solide
Bout de terre défiant les mers intrépides
Ses enfants ont toujours été sa seule faiblesse
Et ils sont l’origine même de sa détresse

Ma mère était un roc solide
Bout de terre défiant les mers intrépides
Je l’ai vu perdre tous ses atouts, tous ses alliés
J’ai vu le noir s’établir et l’espoir l’abandonner

Aujourd’hui maritorne sans nom, sans aveu
Plus personne ne songe à son passé glorieux
Mais jadis, ma mère était un roc solide
Bout de terre défiant les mers intrépides


Youvelie Chéry || Châtiée

Nous voilà au point de non-retour.
C’est le moment de se dire adieu.
Je crois que la vie me joue un tour
J’en ai l’estomac rempli de nœuds.

Les yeux floutés par ces foutues larmes,
Impuissante, je te regarde rendre l’âme.
« Ne pars pas, je t’en prie, reste avec moi! »
Mais trop tard, tu n’entends déjà plus ma voix.

Un tout dernier je t’aime,
Je sais bien qu’il ne peut pas te retenir,
Mais je le sanglote quand même
Comme s’il y avait moyen de tromper la mort et fuir.

Je sens la chaleur laisser ton corps inerte
Tes mains qui glissent des miennes
Comment vais-je survivre à cette perte?
Je pense à te rejoindre et échapper à ma peine.

Oh, maman, je t’en supplie, rebelle-toi.
Bats-toi, trouve ta voie, reviens-moi.
Ou au mieux, trouve-toi une place au ciel et attend.
Moi, je vais affronter la vie, et braver ce châtiment.


Sotchoedo Rolland || Alexis


Alexis
M’entends-tu?
Je palperai les bavures de tes naufrages
Pour éterniser les abysses de tes orages
Je te bâtirai des refuges, des remparts de sérénité
Pour que le crépuscule s’endorme à tes pieds

Alexis
Je vandaliserai les déveines de ton odyssée,
Tous les sentiers fastidieux de tes moroses pensées
Tous les rayons de tous les soleils, de tous les mondes
Je les prendrai sur mon dos, j’en ferai des frondes

Alexis
J’attiserai de mon souffle les flammes de ton bonheur
De l’autel des aubaines à la taverne de la véhémence
Je couvrirai tes élans hasardeux et tes coups de chance
Je tiendrai les chandelles jusqu’à ce que vienne mon heure

Ô cher Alexis
À ton sixième ère, je coudrai dans l’antre de tes désidératas
Le manteau des grands érudits que tu incarneras déjà
Ce sera une camisole faites d’ardeur, d’estime, de folies
Et tes prouesses la garniront du sens sacré de ton rallye

Triomphant anniversaire à toi, Alexis.


Anne Morency || Rendez-moi mon innocence


Le temps continue d’avancer
Sans souci pour les pages déchirées
Sans égard pour les monceaux sous son poids
Qui deviennent dangereux à chaque cadence
Je crie en silence, je hurle mon désarroi
De grâce, rendez-moi mon innocence!

Que reviennent mon cœur pur, mon regard curieux,
Mon enthousiasme d’antan, mes jours heureux
Le refuge trouvé dans les jupes de ma mère
et le réconfort sur les genoux de mon père
Que revienne l’époque de l’insouciance
Je vous en prie, rendez-moi mon innocence !

Je voudrais, rien qu’une fois, revivre mon enfance
Remonter les années, ressasser les journées folles,
Reprendre confiance, comme pour mes élans frivoles
Je voudrais retracer tous mes projets déraisonnables
Et en faire un repère pour mes envies inexprimables.
Écoutez mes plaintes, rendez-moi mon innocence !

Je porte des cicatrices aux allures de désaveu
La maturité, bien qu’imposée, se paie à prix de feu
Les jours ont comploté, j’ai grandi contre ma volonté
Reprenez vos doutes, vos remords, vos culpabilités
Récupérez vos hypocrisies, redonnez-moi mon essence
Pour l’amour de Dieu, rendez-moi mon innocence.


Wenzor Petit-Frère || Ma sombre existence


Je me cherche dans le noir
Dans les méandres de la vie
Plus d’ennuis que d’espoirs
Moins d’amour, plus d’envies

Trop de vide, peu d’émotions
Visage engourdi, cerveau en transe
Esprit ailleurs, pas de danse
Et mes yeux, bandés, sans passion

Tant de regrets en intermittence
Tant de souvenirs qui me tourmentent
Quand mon cœur compte ses pénitences
Interminables sont mes nuits blanches

Mon demain me semble loin et abrégé
Rêves incertains, somnolence en suspens
Oh mélancolie ! Quand tu habites mes silences
Mon soleil s’éclipse, mon ciel reste nu et crevé


Kathlyna Valentin

Fleur solitaire, fanée par la grisaille
Âme perdue, au milieu de l’abîme
Lourds sont tes regrets et tes peines
La lumière s’est barricadée,
Combien sont tes soupirs ce soir ?
Combien sont tes chutes, tes deuils ?

Fleur solitaire, effacée par la brume
Qui racontera les jours de ta fraicheur ?
Les courtisans sont partis
Les aubades ne sont plus pareilles
Les pitit Soyèt comme toi n’ont pas de plan B
Vivre ici
Mourir ici
Sans asile


Maëva Menouer

Alors, mon prodigue ? Que fais-tu par ici ?

– Je ressens.
Ici, mes pensées trouvent leur clarté.
Quand j’observe un jour qui se lève,
une aube qui s’anime, un rivage qui s’éveille,
Je suis tel un piano qui trouve seul ses notes.

Aurais-je une place dans ces pensées ?

– Seulement si tu souris et que mon cœur vacille.
Seulement si tu respires et que tu es mienne.

Et si c’est mon cœur qui s’emballe ?

– Alors tu serais ma muse éternelle.
C’est d’ailleurs le seul moyen de m’exsuder
de te révéler toutes les nuances de ce que j’éprouve.


Esther Thyrel

Il faut dire, j’ai rencontré tout plein de personnes.
Certaines m’ont prise pour une vraie bouffonne.
Avant, je me laissais faire comme une conne.
J’ai moi-même créé la cage pour qu’on m’emprisonne.

Je me suis longtemps laissée guider par cette pulsion :
La réciprocité me viendra si mon cœur aime pour de bon.
Je n’aurais jamais cru possible de se jouer des sensibilités.
C’est un terrain si fragile, qui s’y aventurerait pour s’amuser ?

Avant je ne savais pas que pour certains, rien n’est sacré.
Je l’ai appris à mes dépends, et j’en ai tellement souffert !
J’ai cru être aimée mais j’avais tout faux ; je me suis faite larguée.
Il s’est barré, m’a bloqué, et depuis j’ai les yeux grands ouverts.


Kenny Dominique

Dans l’ombre des choix, dans la danse des erreurs,
Nos cœurs s’égarent, traversant des vallées de pleurs.
Au fil des méandres où la confiance s’éteint,
Se tisse la toile des actes, des lendemains incertains.

Nous sommes les architectes de notre propre tourmente,
Égarés dans des labyrinthes où la lumière se perd.
Rêves brisés, mystères levés, promesses effacées,
Nous voilà sur des voies que nous avons modelées.

Les regards déçus, les mots qui résonnent froids,
Nous avons fourvoyé la boussole, perdu la foi.
Mais au creux de l’ombre, une lueur persiste,
Car en nos erreurs, notre vérité subsiste.

Nous ne serions pas ombre sans lumière,
Nous, des verbeux façonnés par l’art de se taire.
Dans la mélancolie de nos propres tourments
Se dessine la fragilité, l’essence des sentiments.

Il arrive que les cieux grondent, que la confiance vacille,
Mais dans chaque petit faux pas, la clémence oscille.
Les éclats de nos vies, en mosaïque imparfaite,
Témoignent de notre acabit, de notre nature secrète.

Ainsi, dans l’abîme des remords et des douleurs,
Nous trouvons la force de renaître, de réparer les cœurs.
Car au sein de nos chutes, dans cette sombre clarté,
Se dessine l’humain, dans toute sa complexité.


Jamesly Dominique

Ô précieuse plume, ma compagne fidèle,
Entre mes doigts elle se fait belle.
Elle tournoie sur le papier, telle une ballerine,
Effleurant les mots, caressant les rimes.

Avec elle, je trace les sentiers de mon âme,
Elle connaît mes pensées, mes joies, mes drames.
Elle est le reflet de mes émotions les plus intenses,
Capturant mes pensées, éveillant mes sens.

Comme un luth harmonieux, elle résonne en moi,
Chantant les mélodies de mon esprit en émoi
Elle exprime en silence mes désirs, mes tourments,
Et tisse des mots délicats, des vers en ornement.

Elle est la sève qui coule dans mes veines,
Le feu créatif qui illumine et brûle sans peine.
Avec elle, les mots prennent vie, s’animent,
Se mêlent, s’entrelacent, en une danse intime.

Elle est ma confidente, ma muse mouvante,
Elle transcende mon être, rend mes mots vibrants.
Elle est la clé qui ouvre les portes de mon esprit,
Pour laisser jaillir les idées qui y fleurissent.

Je célèbre son pouvoir, son côté bohème insaisissable,
Elle est la baguette magique de mon imaginaire.
Quand je la tiens, je suis transporté dans un autre monde,
Un univers où les mots se déploient et se fécondent.

Je lui confie mes rêves, mes espoirs les plus fous,
Elle les enlace de ses courbes, les rendant doux.
Elle est le reflet de mon amour pour l’écriture,
Un lien indéfectible, une source de pure capture.

Ô précieuse plume, tu es mon alter ego,
Ma camarade d’aventure, mon plus grand credo.
Ensemble, nous écrirons l’histoire, les épopées,
Et que chaque mot s’accorde pour à jamais nous nouer.


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