
La mort croit pouvoir t’arrêter
mais elle a tort.
Schebna B. V. BAZILE
Steevy FRANCISQUE || Ode à ma ville
À la mémoire de ta splendeur,
pour l’exil de tes colombes
et des lauriers de ton passé.
Pour tes couleurs délavées,
ton teint flétri, ta beauté creuse,
j’implore ton pardon.
Que de mon sang coule pour laver ton nom,
ville, je te dois plus que tout cela.
Je tiens ma plume d’une main contrite,
mon encre coule dans mes veines
Pourtant j’étale des mots vains
au regard de ton désarroi.
Pour mon cœur enchaîné,
pour ta souffrance, mon impuissance,
pour tes cauchemars plus vrais que l’évidence,
pour tes larmes et mon indifférence.
Pour tes enfants loups et toi ville brebis,
fière de ton histoire, fière d’une gloire révolue,
j’implore ton pardon.
Je trimbale ma vie dans tes rues sombres, méandres obscurs,
je ne reconnais plus ni ta gloire, ni ton histoire, ni ta vertu.
Je noie mon cœur dans mes vers pour renier ton indigence,
mais ta poisse prolifère et mes pieds pataugent dans ton enfer.
Dans tes plaines arides, tes rivières desséchées,
la haine a vaincu l’amour, tes fleurs ont cramé.
Tu n’es plus qu’une terre brûlée,
où les rêveurs espèrent le retour des colombes.
Tu n’es plus qu’une hécatombe,
où l’agonie se mêle aux cris du nouveau-né.
Nul ne conçoit son destin un cercueil sur la tête.
La peur a vaincu l’espoir
C’est le règne du sauve-qui-peut
et l’agonie du vivre-ensemble.
Alors chacun se forge une destinée au-delà des frontières de ma ville
Alors chacun se forge une destinée au-delà des frontières de ma ville
Advienne que pourra de ma terre naguère prospère, naguère fertile
Désormais terre aride, livrée aux vautours, fauves de nuit, assassins du grand jour.
Je vois tes rides se creuser pour chaque vie évaporée,
tu meurs de vieillesse, tu meurs de chagrin.
Tes rides sont des lits pour des rivières de larmes
qui ne savent plus par quel chemin s’évader.
Je voudrais tant soigner tes blessures,
redonner à ton cœur l’odeur de sa jeunesse,
mais je n’ai rien ville que tu ne m’aies toi-même donné.
Je te dois ma vie, je te dois mon cœur.
Je te dois ce bonheur que j’arrive encore à espérer.
Alors, que mon sang coule pour laver ton nom,
je te dois plus que tout cela.
Je suis rêveur, oui,
j’espère le retour de tes colombes car tu m’as enseigné la foi.
J’aimerai mes frères malgré leurs fautes, car tu m’as enseigné le pardon.
Un toast à ce jour que je subodore, tes fils souriront comme s’ouvriront les fleurs de lys.
Pour le charme de ton soleil, pour tes yeux buveurs de lune, ou ta mémoire parfumée.
Je rêve de tes champs de blés, de tes rizières, tes feuilles de cannes à la fraîche rosée.
Dans tes rues plus de cadavres, la vie scintillera telle une gerbe d’étoiles.
Et j’ai un souhait aux jeunes dévoués malgré leurs haillons et leurs pieds nus.
Un souhait aux patriotes malgré le chagrin, aux artisans de paix malgré l’oppression.
Ne mourez pas !
Que renaissent vos rêves mutilés, vous, mécènes aux cœurs meurtris.
Poètes, travailleurs, sages bannis du festin des brigands
N’échangez point vos plumes et vos marteaux pour l’éclat de leurs poignards.
Buvez l’eau de vos cruches, refusez leurs vins car c’est le sang des oubliés.
Chantez l’amour plus haut que la mort que bourdonnent ces frelons guerriers.
Que notre devise enfin nous rassemble, enflamme nos cœurs tel un grand soleil.
Et que s’élève tout là-haut entre les nuages l’auréole de la paix
Dans un silence dévorant, buvons l’amour
à la mémoire des trépassés.
Fabrice TRÉCILE || Marre du gris d’urne
Il pleut encore.
Il pleut toujours
Quand les douilles
Relâchent le tonnerre
A hauteur d’hommes.
Coups de foudres
Sous les paupières
De notre ciel
Aveugle d’amour,
Soif
De pauvres amants
Qui brament sous ce temps
Qui demeure.
Il pleut encore.
Il pleut toujours.
Les nuages nous coiffent
Depuis la naissance
Car le gris
Nous faisait déjà
Des avances
Quand il voyait nos larmes.
Il pleut encore.
Il pleut toujours.
Et nos rêves otages du vent
À la recherche d’un toit
Contemplent les cendres.
Petits mondes
Sous les débris
Des grands;
Vos deux yeux de la tête
Ne peuvent trouver de monde
Chez vous.
Il pleut encore.
Il pleut toujours.
La jeunesse oublie vite
Les couleurs de l’arc-en-ciel.
Elle les écrit dans son journal.
Elle les cherche au fond du verre
Mais il pleut encore,
Il pleut toujours.
Les écrits ont tourné la page
Et la parole s’enivre.
Il reste la boue des souvenirs
Qui s’entassent;
Soupe du nouvel an!
Belle jadis
Reste couverte
Depuis cette vielle pluie
Qui fait voir
De toutes les couleurs.
Stanley BRIFIL || L’invitation au voyage
Peu importe le temps
Debout camarade
Arrête de trainer ton silence comme une poisse!
Je voudrais, une fois, toucher ta rage
Te voir emporter de ta tornade la foison de liberté qui fera bouger
la routine de ces matins écorchés
Ces matins qui font grève.
Ces matins qui étouffent comme des gueules sans fond.
Peu importe le temps
Debout camarade
Je voudrais être celui qui attise tes pas
dans ces villes d’âmes morcelées
Et te voir,
de ta musicalité personnelle
téter les plaies dégoulinantes de ces gens brisés
gens du petit peuple maquillés de balafres,
discutant de leurs fissures autour quelques verres
accoudés à une table qui peine à se tenir debout.
Ces gens affamés
frayant leurs chemins,
attendent le dernier train
d’une rosée criblée de sang.
Peu importe le temps
Debout camarade
J’ai eu assez de ton ombre!
Ici on psalmodie,
Et la misère nous dévore jusqu’à l’os
La révolution n’a pas eu lieu!
Trop de vies hypothéquées.
Nos héros en costards-cravates cravachent nos dernières illusions
emportant nos élans salutaires d’une quête de lumière.
Peu importe le temps
Debout camarade
Deviens celui qui assène à la fortune
un grand coup de bâton légendaire,
ce souffle intrépide Guinéen qui secoue le grand Mapou,
de l’âme de ceux qui crèvent d’anonymat.
Ceux pour qui tout soleil a désisté.
Toi camarade,
Je te connais
Tu n’es pas de ces gens-là
Ces gens lâches aux yeux livides
arborant les couleurs de l’exil qui abandonnent
et acceptent les décrets du destin
errant en fantômes
sous le cataclysme du capital
dansant les yeux fermés sous la tonnelle
du monde global de la déshumanisation
et de la plus-value.
Camarade,
Tu es de ceux qui croient au bout du tunnel
qui déjouent les vertiges
qui lisent l’histoire au creux de leurs mains affaiblis par les traces du temps qui savent que rêver est synonyme de résister.
Dictant la route à une lune blessée au coin de la tête
Qui tangue en tornade debout au milieu des arcs-en-ciel
sachant que seule la terre natale garde une trace de nos pas.
Marcus GEORGES || Priyè lanjelis
De ti pwent tete
se solèy lavi
depi lanjelis fè bleng
zafè tanga pa zafè jipon
Met ajenou pou priye
se koze pantalèt
madanm ap fè doubout
depi nan sòm
rive nan apokalips
Tchovi yo nan fon somèy
vwa mouche pran woulib
anndan Fontamara
monte mòn Kenskòf
paske Bwa Vèna
se yon alimèt souf wouj
Kamyonèt kann lan
atout boulin
siwo myèl pran sèso
tankou kostim sou bèlè
Priyè lanjelis pa gen
ni ave, ni maria, ni amèn
nan priyè lanjelis
lang glise sou lang
pou dejwe alfabè lòm
Geordanny Oscar Néem Ralph FLEURILUS
Ce n’est ni d’horizons qui sommeillent
Au bord des nuits réversives
Ni de discours qui habitent le silence
Des automnes pleureuses
Ce n’est ni d’aurores qui me toisent
Ni fer qui hante mes doigts confus
Ce n’est ni d’écumes et de vents
Que les mots peignent mes maux
Ni feux qui s’étranglent un soir esseulé
Mais de mon sang
Je t’écris spleens et tournis
Sur le pas des heures plissées
Je t’écris trêves et désinvoltures
Dans un méli-mélo prononcé
C’est une rhapsodie des journées transes
Une musique convalescente
Où les épines habitent
Le rythme des refrains solitaires
Je t’écris une âme qui se tord
Comme des plis à une étoffe qui saigne
Pour tous ces rêves envolés
Sur le chemin des lignes brisées
Pour ces paniers de vertiges ces quartiers sombres
Quartiers sauve-qui-peut
Résidences terreurs
Comme des lampadaires
Qui échappent aux lumières du soleil
Et pour ta langue muette
Nue comme silence de ma plume
Qui chantera le chant des aurores voluptueuses
Qui ressassera ces poussières lucifuges
Aux bornes des solstices maldisants
Qui tissera les lucioles
Sur le cliché des soirs écrasés
Qui aimera le son des cœurs esseulés
Dans les nuits diluviennes
Pour le souvenir des matins d’adieux sans au revoir
Qui s’adonnent à l’élégie des drames
J’écris un horizon parti en fumées
Sur le chemin des lignes brisées
Myrline JOSEPH || Yon kou nan kè
Nanm lesyèl demanbre
Lè l wè zetwèl ou file
Bonnanj lanati pèdi souri l
Ata menm lanmè pèdi eskanp figi l
Ou annik vire do li tou fè nwè
Solèy bandonnen latè
Menm lalin pran konje
Ta sanble se avè w l ale
Se vre lavi egzile w nan peyi san chapo
Men kè m poko ka rive ba w do
M konnen gen sa k pral panse m delala
M la m ap tann ou
M pa p fè yon pa
Lanmò ba w zèl
Ou vole nan syèl
Lanmò w etenn souri m
Li limen bouji lapenn nan vi m
Depi lè yo fin nwaye w nan tè
M tou mare zanmi ak simityè
Se chak jou m priye bawon lakwa
pou l kite m wè w yon dènye fwa
Tèt kè m pati
M blije makonnen mo m yo nan trip foumi
Pou pwezi sa rive touche zosman ou
pou w rive konnen ke lespri m vizite tonb ou chak jou
Rénaldy Markly CHARLES DESRAVINES || Peut-être
Peut-être qu’un jour je ne te verrai plus,
Car je n’aurai plus de sens dans ta vie.
Un jour je ne serai plus là
Pour te prendre dans mes bras,
Et te dire que tu es jolie!
Peut-être qu’on devrait se voir une dernière fois,
Pour renforcer nos charges émotionnelles.
Peut-être qu’un jour j’oublierai ta face.
Mais tes yeux,
Ces étincelles magiques,
Me rappelleront toujours
Que tu es source imminente de joie!
Peut-être qu’un jour tu vieilliras, tu auras des rides.
Mais je voudrai toujours te toucher!
Peut-être que mes mains se perdront
Dans une folle aventure sous ta jupe,
Explorant chaque parcelle de tes cuisses,
Pour s’écraser sur les parois de ton sexe.
Peut-être qu’un jour je perdrai mes sens.
Mais le goût de ta bouche,
La saveur exquise de ta peau,
Éternellement gravés sur mes lèvres,
Me rappelleront toujours mes moments de bonheur.
Peut-être qu’un jour je deviendrai sourd.
Mais le son de ta voix résonnera toujours dans ma tête,
Seule mélodie capable de me calmer!
Peut-être qu’un jour je deviendrai aveugle.
Mais ton image sera toujours projetée dans ma tête,
Seule illustration apte à m’inspirer!
Peut-être qu’un jour je t’oublierai.
J’oublierai peut-être que tu es belle!
Ou peut-être que je ne t’oublierai jamais!
Ce que je sais à l’instant présent,
C’est que je me suis jamais senti aussi bien
Qu’à tes côtés !
Sylvester Jimmitry MARIUS || Poésie éternelle
Telle une fleur meurtrie sur un sol aride,
Ici les jours poussent
à racines d’encre
et les poètes sont passeurs
faisant des rimes rames
au voyage dans l’imaginaire
Artisans de liberté
ils dansent mots
dessinent des vers
vagues à balayer le chaos.
Ils poussent des cris d’espoirs.
Le cœur plus lourd que le corps
ils grandissent sous les fardeaux.
Dans chaque lettre,
ils font pleuvoir de la lumière.
Vêtus de vers, ils sont plus que héros.
Ils marchent entre les pages, les murs, les nuages,
restent à l’ombre de la fatalité.
Promènent l’amour dans des recueils,
cueillent l’immortalité dans chaque poème.
La poésie les déifie.
Quand les mots défilent
Ils soulèvent les maux, les défient.
Tous poètes se voient dieux
Sous un masque charnel.
Ô que c’est beau!
Les phrases jouissent,
touchent l’extase.
Enivrez-vous d’encre et de mots.
Les faiseurs du beau sont des grains de divinité.
Leurs langues sont des sabres.
Enterre les sans cercueil
sous cette terre de liberté
Ils deviendront des arbres.
Alandy BLAISE || La peau de la mort
Trêve de peau fondue
C’est mon corps qui danse dans la mort
L’amertume et la rage
Les yeux nuancés de désespoir
Pas une aube, pas une étoile
Mon corps est mon ombre
Silencieuse
Qui trace une mémoire
Dans la poussière
De mes rages étouffées
Trêve couleurs
La vie d’ici-bas
Est noir et blanc
Blanc pour des nègres marrons
Mangeant le syllabaire
Sans acides aminés
C’est la colère qui parfois
Nous abreuve
Ce sont les rêves fous
Qui nous délient les cordes blanches
Mais la blancheur assaille nos lèvres
Quand les verves
Et les verbes pleuvent
Nous mourrons
Des valses de la faim
Quand l’espoir ne fait plus vivre
Les larmes à nos pieds
Les nuages au cou
Le nez dans l’exosphère de la vie
Irrespirable
Nos pieds se déchirent et se cousent
À chaque pas
Les jours font de sombres destinées
Et les planches tranchées sans hémorragie
Nous couvrent
De la brutalité de la terre
L’avenir n’est qu’un mot
Je le crois, je le vois
Noir sur du blanc
Sans apartheid
Dans le dictionnaire
Trêve de mots
Trêve d’espoir
Êtres exsangues, anémiés
Nous déchus, nous noirs
Nous haïtiens
Nous, pauvres chercheurs
De pain
Nous portons tous la peau de la mort.
Marie-Wadlène ETIENNE || Braguette, Baguette
Entre mon âme qui veut fuir et mon corps qui brûle de désir.
Toucher la queue de l’autre sera pour moi le plus grand plaisir
Je n’ai aucunement honte de l’avouer ; souvent je me perds.
Limite ceinture du mâle reste mon point de repère.
J’ai du mal à me concentrer dès que je vois une braguette.
Ça me renvoie vite le beau dessin de la belle baguette.
Est-elle bien montée ? Droite, longue, épaisse ?
Suis-je la seule à être capable, d’un regard, vivre sa prouesse ?
Reste, mec ! Le temps de revoir Kama Sutra et y rajouter une page.
Ne me prive surtout pas de ce beau paysage.
Tu dois bien savoir que ta braguette invite à la danse.
Je te féliciterais s’il le fallait, mais cela enlèverait ma chance.
Je suis femme, vois-tu? Ces choses-là ne se disent pas.
Vu qu’on doit faire semblant qu’on ne fantasme pas.
Va ! va, je suis assez trempée comme ça.
Reçois le respect de mon regard,
la tendresse en ligne brisée de mes mains tremblantes.
Sache que je vais me souvenir longtemps
de cette forme indéfinie sous ta braguette
et faire hommage à ta baguette
qui a su éveiller en moi cette veille flamme.
Louidel WASAMBECK || Gouye cheri
Gouyad ou se dite
Pou kòklich
Se ti dlo fre
Anndan krich
Gouyad ou se bannann poban
Pou peze gaz nan vant
Dlo sik ak pen
Lè grangou bare m nan maten
Mayi moulen ak pwa
Ak yon ti ji grennadya
Ki pou bay mwen fòs
Lè m pral nan lagè
Sou kabann
Pou zam mwen pa fann
Gouye cheri
Pou bay gou a lavi
Gouye pou bonè resisite
Nan je m dlo va sispann koule
Mete m sou vant ou boul lò m
Pou m ka site tout sòm
Ak kòd lalwa w
Avan w fè m pèdi vwa
Kloure m sou de bwa w
Pou m respire pafen w
Kloure m ak mato sen w
Pou m rete sou kwa w
Mwen p ap blage w
Men mwen damou w
Fè m tounen pen nan fou w
Epi manje m
pou m pa janm kite w
Isaac Braham MISÈRE
le ciel est une mer bleu qui dégoute
quand la poussière se promène en file indienne
sur le macadam de nos rêves
le vent est le seul doigt
qui pince les codes vides de notre abdomen
lorsqu’on chante les mélodies polluées
des noces aux cimetières
le M 16
est un anneau des seigneurs
qui vise le repos des cervelles sur le béton
le jour obscur
habite sous le jupon de la ville
ne me demande pas si elle est hystérique !
une cuvette qui expose les cadavres à bon marché
s’agenouille au pied du Morne La Selle
ne me demande pas si la ville pue
s’ils pillent la ville !
ne me demande pas si le prix
est devenu zone rouge des poches qui souffrent d’anémies !
Ruthza PAUL || Absans
Kole boule
M te yon bren etensèl
Dife k ap pouse zèl
Gadavou
Pa sou pa
Lannuit pa ka parèt la
Bote zetwal anba lanmè
Pou ou m te zanj nwa
Flanm
Venteyen kout zetwal
Ou te di m
Lalin kache andan m
Byen bonè ou senyen m
Ou chire kè m
Papye mouye
Non w toujou sou sab la
M pèdi wout
Swe m yo degoute san
Byen bonè
M pèdi w
M pèdi
Midi m pa konte sou solèy
Lonbray mwen andan m
Kè m brize
Lapatèt mwen kwochi
Bwa dèyè bannann mwen tonbe
Ou vale dlo bouch mwen
Men se mwen ki gen vant pase
Silans abite lakou m
Bagèt sispann woule sou tanbou m
Poto mitan m
Lantiray kè m tonbe
Kè m brize
Moso papye
moso moun
Sou figi m
Tan an trase absans ou
Liams-Mitchelcove SURSAINT || Enèji nanm
Pati san grandi
Kontoune tout chouk lavi
Anpil move moman nou sote
Pou nou kreye yon modèl
Anndan yon sosyete sitirèl
Moun yo ra,
Isi ba
Nan mache kontre moun ki pa sanble nou
Nou makiye lonbray nou san rann kont
Sou kont dlo ak vag, n ap pati de men anlè dèyè lavi
Reken estomake, gad-kot oblije ap lote n tankou ti sale
Moun yo ale, yo pa vini
Bondye a nève anndan vilaj yo a
Ata menm sole pa kontan
Yon oseyan laswè nan figi nonm nan
Senti l mare
Pitit yo dekouraje
Anndan bwat imanitè
Yo redui lavi ak kèk kiyè lamanjay santi,
Ekspire…
Yo santi sant lodè leta
Manjè-moun, yon leta nanm nwè tankou lank,
K ap ekri,
Dekri lavni tchovi l an pwentiye,
Nanm vòltije nan flanm dife
Pou al bouske mounite nèg ak fanm
K ap rele ak balèn soumisyon devan tèt,
Twòp bal mawon mal donte al bati
Nan tèt jèn k ap batay
Grèg, Neti
goumen an n ap kontinye
Nan chimen an, toutfwa nou ta tonbe
Debouche korigòl san an,
Ekri MOUN K AP BATAY PA MOURI
Fòs ak enèji pou nanm nou
Tchaïkovskina MÉRILUS
Je n’ai jamais pu t’aimer
Le sais-tu vraiment?
Cela fait si longtemps
que je nous mens
Tes mots d’amour ont fait naître ma pitié
Mille et une fois, j’ai demandé à Cupidon de me flécher
À chaque fois, il me ratait
C’est toi qu’il retouchait
Et de plus en plus,
de moi tu étais effarouché
Le dieu de l’amour semblait ne pas me désirer pour disciple
Cupidon, j’ai supplié…
Cupidon, j’ai soudoyé…
Pour avoir mon dosage d’amour
Et t’aimer comme tu le mérites en retour
Mais le pauvre,
il s’est gravement blessé
en se heurtant à mon cœur de pierre
Cupidon a perdu un œil
Il ne peut plus viser,
Mais si encore aujourd’hui tu m’aimes
C’est que sa flèche ratée t’a encore touché.
Cupidon a perdu une aile
Il ne peut plus voler
Si aujourd’hui je suis attristée
C’est qu’il m’a encore loupé
Et jamais je ne pourrais t’aimer…
Kims Kesnel BELJEAN || Un flâneur à Port-au-Prince
Le soir mon âme pavane dans les rues de Port-Au-Prince,
Histoire de trouver un peu de de nostalgie,
Dans le silence paisible de la nuit.
J’aime ressasser les souvenirs du passé,
Les temps où nous fermions nos yeux pour nous laisser bercer,
Par les brises nocturnes du Champ de Mars,
Bizarre mais de nos jours avoir les yeux fermés,
A une toute autre portée peu divertissante.
J’aime savourer ces moments de solitudes,
Ces minutes où les étoiles semblent se parler entre elles,
Dans un calme jouissif planant sur la ville,
Et c’est à ce moment précis que je ferme les yeux,
Pour me laisser bercer par la douce tranquillité,
Que m’apporte la tendresse de la nuit.
D’ici je peux vivre les aventures des temps passés,
Des nuits où nos parents tombaient amoureux,
Ces nuits enjouées dans les éclats de rires et les contes,
Les rythmes de tam tam et le parfum de nos dames,
J’aime revivre ces temps où la vie importait plus que notre survie.
Je m’avance d’une centaine de pas vers ma place adorée,
Et oui, j’aime visiter les vestiges du Bicentenaire,
Cet endroit si symbolique et majestueux,
Et ce que je recherche est toujours évidant,
Ressentir la fierté que procure ce lieu,
Cet endroit monumental qui garde en elle,
L’histoire de nos je-ne-sais-plus-combien d’années d’indépendance ;
Oui je veux me souvenir de quelque chose,
Une histoire que je n’ai jamais vécue,
Ces histoires qui réveillent en toi,
La nostalgie des temps passés.
Ô Port-Au-Prince,
Ô ma capitale tant adorée,
Que j’aime te regarder dormir,
D’un sommeil profond tu t’éloignes des malheurs que t’apportent notre soleil,
De tes fils et filles ingrats qui te maudissent,
Tu t’éloignes pour rêver un peu,
Tu rêves peut-être de tes années glorieuses,
Ou alors d’un avenir plus serein,
Et voilà pourquoi j’aime te visiter tard dans la nuit,
Pour rêver avec toi, ou rêver de toi.
Et là j’atteins mon point d’arrivée,
Ce coin là c’est mon préféré,
J’aime m’aventurer près des bords de mer,
En laissant les vagues me convaincre de leur bienveillance,
Me promener le long des trottoirs,
Juste le temps pour que ceux qui reposent à côté,
M’ordonnent de sortir de mes rêves
Alors la tête baissée je retourne à la réalité,
Avec une et une seule question,
Lorsque ce sera mon tour, serais-je en paix moi aussi,
Bien niché dans les souvenirs de mes êtres chers?
Florestal FLEURIMOND || Souris Madame
Souris nous Madame
Il se fait tard
Et la nuit a besoin de son lampadaire
Les voisins ont tiré leurs fenêtres
La vie dehors se résume
À la chorale des chiens sans maîtres
Et dans le chant sans son
Des soulards qui prennent bouteille pour micro
À Cap-Haitien, le soir a peur
De sa propre laideur, alors souris Madame
Et ces sans abris
Ayant le ciel pour drap
Qui ronflent en rêvant que la nuit sera infinie
Connaitront une fois de plus
Le choc du retour à la cruauté du monde
Si seulement l’arc-en-ciel était étoile
Et l’étoile, arc-en-ciel…
Souris pour nous Madame
Tous nous connaissons que ce n’est nullement
Le chant du coq qui fait s’étirer le jour sur la terre
Souris pour nous Madame
Demain je serai debout avec l’aube
Pour boire à tes premiers rayons
Rood-Inley MICHEL || Poème pour l’exil
« Notre je-ne-sais-quoi qui es partout – donc nulle part
Montre-toi que je pisse sur toi… »
Sommeil traqué chassé des escaliers de la cathédrale
Sourire exilé poème anémié ces quelques mots tel un baiser cancérigène
Je les dépose clandestinement dans une prière ennuyeuse du saint père
Laissant balader son zizi dans mon territoire surpeuplé de prostituées
Que de rages !
Ah l’exil !
Pris par la gorge j’ai mis l’horizon au fond de ma poche gauche – sans le toucher –
Pour surveiller mon ange gardien dont j’ai moi-même crevé les yeux
Et pour te nommer sans marmotter sans courir le risque de pleurer
Je pars en quête d’une bouffée d’oxygène – pas trop loin de ta tombe
L’exil
L’autre nom de la mort
Et les souvenirs s’entendent mal
Je ne comprends toujours pas pourquoi rester
quand se fusionnent l’autre et l’inconnu
Et que les conquêtes cannibalesques
accrochent une chaire vive dans le présent
Un présent que ton passé dessine sur une toile d’araignée
Nos souvenirs piégés dans l’aube sépulcrale à une heure oubliée
Dans la mémoire du temps assassinant mes mois
D’une épée plantée au cœur de la conscience de l’hiver habitant le silence
Quand l’hiver vidé de son sang s’achève je pars avec lui
Ah l’exil !
Ton départ me chuchote qu’il y a pire que la mort
Les souvenirs
Les catastrophes humaines l’indifférence l’absence
Le capitalisme l’impérialisme
Un après-midi gisant sous la douceur de toute la douleur qu’inflige ton silence
Une nuit privée des do mi fa sol de ta voix et de ton odeur
Il y a bien pire n’est-ce pas
Le temps perd le contrôle à force de vouloir tout contrôler
Notre première nuit d’amour échappe au temps
J’ai senti encore sa douceur mortifère dans le cœur
Quand les brises de l’exil
m’apportent les blessures de la terre pleurant ton départ
Le vent dépose dans ma chambre un cimetière
Dans le cœur j’ai que des tombes sans fleurs sans prières sans croix
Poème dépucelé
J’ai grimpé les barricades du temps pour sauter au plus profond de mon être
Et les petites lettres cassées de ton nom sur la piste d’atterrissage
Me mettent au bord de la mort sans me tuer
L’aube sépulcrale se fond dans les lettres de ton nom
Quand elle s’achève je pars avec lui
Ah l’exil !
Donley MÉNARD || Lavi < Lanmò
Sèkèy
Kriye
Pandan
Nekrofaj kontan!
Dekonpozisyon kadaverik,
Deranje pandan l aranje.
Konfizyon !
Jis ak enjis.
Ti souf la ki tout bagay.
Nou se yon ti bout tan.
Mòlan se yon pati nan lavi.
Kriye kontan, kontan kriye.
Melankoli touche kè kontan
Yon etwal file !
Yon lòt vini !
Nou se yon ti bout tan.
Lavi fimen n san l pa ban n pas .
Lanmò ap fè lago kache
Men nou toujou antò .
Egzema bonlonnen nan pye / piye sistèm lan
Nen m pa ka santi ti sant sa
Sa pa ka klas, son katouch ap fè zenglen nan zòrèy nou
Enstitisyon ‘Peau lisse’ lan ap sa l kò l
Koridò san ap koule devan n bagay yo rèd nan bouda n
Izo lan tèlman l rapid nan latwoublay peyi sa
Radyasyon masak simen fènwa
Ilizyon optik bouske n konprann nou sekirize nan ensekirite !
Tibilans trankilize n, nou trankilize nan tibilans.
Ekwasyon jenès la mal balanse poutan genyen k rete dwat.
Akwostich ensekirite anbwase tout zòn
Bon popilasyon ap tete lang ak tout fòm ensekirite
Sòkèt la klere sou tout kouch
Efikasite yo pwouve lè se pou asire lanmò !
Abse ensekirite sosyal :
-Ensekirite alimentè plen vant nou ak gaz
-Ensekirite sanitè kote mòg fè pwen sou lopital .
-Ensekirite woutye kalkilatris paka kontwole mò nan sikilasyon .
Kawotchou lavi an toujou ap pete.
Bò isit se pa san jou sèlman m fè ap viv lanmò .
Men se tout vi m ti lapli san toujou ap degoute pou seche moun .
Christian Laurent SIMILIEN || Kokorat
Souf kout
Lespri chifonnen
Konsyans debride,
se non sa m pote
M se poto mitan
Chak kalfou
Leta manyen m
Li pilonnen m,
chak jou bondye mete
M se kokorat lavi
M twoke souri,
chak jou balèn mwen fini
M souri ak lavi
M souri ak ou
M souri poukont mwen
lè lavi pa koupe m de bò.
Lespwa se nan chodyè m wè l
Lè grangou derasine m Kokorat nan twoke mizè n
Pou de gouden .
Sandlyne NARCISSE || Lettre au défunt
À la vie qui t’a passé trop tôt au marché noir
Ou à la mort, qui t’a accepté tout précoce
Quelle guerre livrer la première pour venger ton absence?
La vie nous a surpris, la mort nous a déçu
Ma colère s’embrase, ma douleur s’accroît
Je retiens mes larmes
je n’ai pas le temps de m’affaisser
Quitte à me perdre, j’essaierai de te retrouver
Notre histoire, nous l’avons écrite
Embellie de rêves, et surtout d’amour,
Il faut bien qu’elle s’accomplisse
La mort n’est pas à sa place !
Pas maintenant, pas ainsi
Ce n’est pas pour fuir l’évidence
Nous sommes tous des mourants
Des morts vivants;
Des morts moribonds;
Des morts en vacances;
Des morts évadés!
Des morts sans papiers,
Fuyant la justice de la vie.
On aura peut-être
Une mort douce
Une mort précoce
Une mort intrigante
Une mort funeste
Au final, on meurt tous
Dans le silence,
bien vivants!
Pourtant je suis convaincue
que ta vie dans la mort est singulière.
Raconte à la mort tout ton vécu
Les misères qui t’ont élevé
L’odeur de ta terre, ton pays qui te languit.
S’il le faut, affronte les esprits et hèle notre amour
Offense Le Rada, le Pétro et les Guédés
Ils ont tous donné le laissez-passer
Vis ta mort avec violence
T’assigner ma peine, le but de ma lettre.
Si même mon amour ne peut te ramener
J’espère que mon âme ferait mieux de te quérir
Espérant que notre amour murmure encore quelque part
Mickha Mackaël SÉVÈRE || La grandeur de ma Race
Terre de liberté
Sanctuaire des Dieux
Le paradis de la connaissance des Anciens
Emblème du passé
Et de nos ancêtres-dieux
N’oublions jamais cette fierté
Aujourd’hui, nous sommes piégés
Ils s’enrichissent de notre présent
Nous, on n’a que l’illusion de l’avenir
Avenir vague
Un paradis conjugué uniquement au futur
Nous forçant à être immatériels
Emprisonné dans la misère
La douleur est notre seul univers
Piégé dans une dualité importée, on a peur
Peur de notre réalité et de notre grandeur
Détenteur d’une rancœur
Étrangleur même pour notre cœur
On doute de notre nature
De notre couleur, de notre douceur
Entortillé, perdu dans la tromperie de leurs allures
Mais au plus profond de notre être
Il y a la puissance de nos ancêtres
La volonté du feu
La force vive et ambitieuse
Une force orageuse
La force est là, un orage silencieux
Le feu de Ogou
Il est en chacun de nous
Une réalité de fer indestructible
Une grandeur terrible en même temps paisible
La grandeur d’AYITI recommandable
Mais indomptable
Un empire ésotérique
Oui, nous sommes le premier Royaume de l’Amérique
Descendants direct des Dieux
Digne de louanges mélodieuses
Hélas, ils font tout pour nous enfoncer
Nous attribuer une petitesse
Si notre grandeur à nous
n’était pas plus grande que leur grandeur à eux
Ils n’auraient pas à essayer de nous prouver le contraire
Rosecadelle BENJAMIN || De moun ize
Plim nan san lank
Van vòlè fèy la
Nan pwen mo pou pwezi a ekri
M ap prese pyese de twa vèb
Pou m ekri yon pwezi bouyi vide
Tan an kouri ak tout boulinn
Pandan nan lakou lakay
pwoblèm
pa sispann bolozo
Solèy la mare djòl li disèt longè
Gran jounen mounite n ap pran frap
Ak yon istwa ki pa sispann repete
Depi plis pase desan lane
Sou diyite n ak fyète n
yo pa sispann mache
Mache di edikadsyon se wout siksè
Pandan yon bandi gen plis valè
Pase sila ki pase tan sou yon ban di
Pou fòme tèt li
M vin konprann edikasyon
pa t janm zam vre
Depi le m aprann anndan geto yo
Nan plas manch yo se pa liv yo distribye
M oblije mande si koze endepedans nou
Pa yon divèsyon
Si aprè tout tan sa
menm pou n manje
Se kay vwazen an
Pòtoprens pa rele kapital ankò
Se yon mache dènye modèl
Si w bezwen wè kòman yo likide kadav
F on rantre vin vizite
Bandi isit fin chirijyen
Yo fann fwa n lè yo vle
Lanmò menm san jou
Li pa bezwen fè move tan
Yon ti lapli sifi pou l inonde
je tout yon fanmi
Byen vini Ayiti
Peyi kote esperans vi moun
Rezime an vennkatrè
Lè w soti ou rantre
Fòk ou manyen kò w
Pou w konnen si w vivan toujou