
Kòn lanbi pa sonnen ankò
Se powèt ki pot mesaj
Se yo ki rakonte
Koze lavi
Koze leta
Koze bandi
Koze lanmou
Se yo ki rapòte
Konplo k fèt sou non nou
Jouk ki mare sou do nou
Se yo tou ki ban n dekwa
pou n defann nou
Dekwa pou n chante
Dekwa pou n reprann sans nou
Dekwa pou n kanpe
Ochan pou yo
Bwat sekrè souvni
Sovè retay
Gadyen laverite
Chantè lespwa
Ochan pou tout santinèl.
Sabine Sincy
Rose Marthe Syndie LOUIS || Lettre au soleil
En pénurie d’encre
je t’écris
avec mes larmes tuméfiées
depuis ce pays calciné
sous un ciel misanthrope assoiffé de sang
ici
à Haïti
les rues puent la chair brûlée
et la rouille des gachettes
dépécés jusqu’à l’os
la terre se gorge de cadavres
morts ambulants déambulants
yeux achevés par la violence
bouches pleine de silence
gonflées dans la peur
ô soleil
avec un rayon de mots
va dire à Baron
la croix de la mort
fracasse les colonnes vertébrales
la misère s’incruste comme une peste
de tripes en tripes
ô soleil
drapé de blanc
au-dessus de notre réalité noire
combien d’océans de sang faudra-t-il à ton ciel
avant d’évaporer notre souffrance
Franchesca SEME || Je t’aime en urgence
Je t’aime en urgence,
comme pour fuir ce monde,
pour me protéger de tout ce qui n’est pas toi
Je compte les battements de mon cœur
ils sont un hymne à ton existence
Ton absence créé un tunnel
et je m’y perds,
je m’embrouille,
je bafouille ton nom,
je ne sais pas vivre sans toi
Ta voix, mon amour,
tel un tsunami
qui me frappe,
me submerge.
Et j’en redemande.
Ton sourire étincelle
me prend par les tripes,
m’embrase, me fond
je ne sais pas te résister
Je prends la forme
que me donnent tes doigts
Je t’aime vite
comme pour me rattraper
pour me rassurer que je te mérite
Mon cœur est tien
et s’il ne te suffit pas,
habite-moi tout entier.
Peterly SALOMON || Camarade
j’habite un pays-chaos
où film d’horreur tourne en boucle
– réalité posthume
laissant courir ma mélancolie
slalomant sous les rafales
ce poème s’est chuté
ne t’étonnes pas s’il vomit des morts
les balles perdues de Port-au-Prince
sommeillent dans sa tête
ici
en chute infinie
l’existence m’éviscère
suspendu de naufrages
mes orteils fissurés
m’écrasent le dos
mégot oublié
j’évapore pour gifler les dieux
ma tronche devient bouquet frais
sur la table des cadavres
ma douce douleur
dans les veines
je n’ai que des étincelles de verres cassés
pour recoudre mon soleil
camarade
à beau faire l’amour avec la violence
j’ai hésité plusieurs fois
à éjaculer mon âme
sur la cuisse de Grande Brigitte
ma vie sommeille
dans un cercueil de sang
le vide m’engloutit
dans ma tête
une forêt de feux
luciole suis-je
mes yeux se sont longtemps exilés d’ici
maintenant
il n’y a que des légions de vautours
déchirant mes orbites
camarade
comment recoudre la culotte de cette terre
quand elle a ses règles incessamment
Mykerl Owens VEDRINE || Lettre d’un naufragé
Dans ma ville,
il pleut des hommes.
Les quartiers sont asphaltés de cadavres,
et les rues,
buffet ouvert pour les chiens.
Là-bas,
les hommes crèvent,
les hommes crèvent,
de plomb,
de faim.
Là-bas, ma tombe,
Seul salut
Seul refuge éternel
Ma chair,
mets pour apaiser ma faim,
mon sang pour étancher ma soif.
Maudite terre.
Je pars.
Je cours, du mieux que je peux,
à la rencontre de mon funeste destin.
Je cours,
pour ravir la bague aux doigts de Morphée,
ou faire don de mon âme à Agwe.
J’ai mal,
mal de mer,
mal de terre,
mal de l’air,
mal de vivre,
mal de rien,
mal de tout,
mal en point,
mal en tout,
mal au point,
mal partout.
Demain, je pars
nourrir les affamés de la mer,
Je refuse de servir de repas
aux hommes-chacals
de ma terre,
qui arrachent, sans regret,
nos âmes sous le poids du plomb,
des poignards hantés,
des balles perdues,
et d’autres remplisseurs-de-tombe.
Frère,
si mes restes te parviennent,
garde-toi de m’enterrer.
Jette-moi aux chiens,
qu’ils me prennent pour dessert.
Djankal SÉNÉ
Je suis parti un matin sans clé ni serrure
Là-bas le vent soufflait autrement
Les feuilles bruissaient dans une langue étrangère
Et mes rêves tombaient comme des oiseaux blessés.
Sur les chemins de l’exil
J’ai traîné mes poches vides
Remplies de l’écho des rires d’enfance
Des cerfs-volants prisonniers des nuages.
La mer, complice silencieuse
Effaçait mes pas sur le sable
Comme pour m’apprendre l’oubli
Mais je me souviens.
Je me souviens des murets blancs
Ombres des figuiers le long des sentiers
Des volets qui claquent sous la brise
Comme des mains impatientes d’une mère.
Et pourtant ici tout est flou
Les visages se croisent sans jamais se voir
Les lumières blessent les paupières
Les murs murmurent des prières de béton.
Je marche, je titube parfois
Sous le poids d’un ailleurs sans racine
Les mots glissent de ma bouche
Comme des feuilles mortes sur l’eau.
Pourquoi partir si l’horizon ment ?
Pourquoi chercher si la route trahit ?
L’exil est une promesse creuse
Un billet sans retour pour nulle part.
Je tends la main à l’absurde
Compagnon fidèle des errances
Les jours s’empilent comme des cartons vides
Et l’enfance reste là, figée dans le miroir du vent.
Je voudrais écrire une lettre au passé
Y glisser des bouts de terre natale
Mais le papier refuse mes souvenirs
Et l’encre sèche avant d’être versée.
Alors je laisse filer les heures
Comme des grains de sable entre mes doigts
J’invente des racines imaginaires
Pour combler les crevasses du silence.
Et peut-être un jour
Quand l’horizon cessera de mentir
Quand l’exil deviendra souvenir
Je saurai pourquoi je suis parti
Sans clé, sans serrure
Mais avec tout le poids du monde
Sur mes épaules d’enfant.
Olcème EXILUS || Mò Rèd
Se konsa mwen ta renmen vil la mouri,
mò rèd,
ak fanm sou tout kò l,
kò fè mal, ren kase.
Machwè kolboso,
san boulon,
zoukoutap,
gridipgridap —
se konsa mwen ta renmen l trepase.
Avèk gou fanm nan bouch li,
konsa latè va konnen:
Nanpwen wont pou rèv ki chwazi vanse,
ak mak fabrik li sou po l.
John JOSEPH || Samarlie
Ma mémoire est carphanaüm
des cadavres grandissent la géographie de mon bout d’île
J’hachure des plaies puantes sur la carte du silence
qui courtise des ombres folles dans les entrailles de ma ville
Je ne te parlerai ni du printemps qui s’agenouille,
ni de la Croix de Christophe Colomb écrasant le dos de ma citoyenneté
Les maux nichent dans la désobéissance de l’encre
Ce poème est peut-être un testament
Je t’écris avec des balles aux chevilles de mes souvenirs
Mon cœur est une cargaison de turbulences,
et j’ai une hécatombe dans mon cerveau gauche
Un énième Yanvalou, cavalier de mes artères
Dis aux papillons
que tu as vu les bougainvilliers blessés
À l’almanach
pourquoi fait-il toujours douze janvier
malgré la prostitution du temps?
Nul tambour
ne viendra fouetter la conscience populaire
d’un son guérissant les flagellations
Nul oiseau ne viendra bécqueter l’horizon
Dans cette ville poitrinaire,
quand la frustration fume,les fusils toussent
Des douilles tombent abondamment dans les sommeils
Mes larmes remplissent les trous des rêves fissurés
Je végète mortellement dans l’incohérence
Je ne te parlerai pas de la terreur
qui creuse des tourbillons dans les pendules
Dis à maman
que l’existence est encore un oeuf
exposé à une guerre civile
Je ne parlerai pas de ce pays sans chapeau
Ce poème est peut-être un testament…
Styven MANGURART || Kwele kwe kwe
kwele kwe kwe
nan tras pye bondje
lèzom ap tatonnen
sou fil aryàn n ap grapiye
n ap chèche lavi
ki pèdi sou wout frè
lavi k ap kanzo zo l nan lanfè
k ap danse patchannga bò palè
lannuit kreve je lanmè
lorizon pèdi chèlbè l
anba yon syèl ki pa ka kenbe kò l
tyovi yo ap pentire machwè lespwa
kwele kwe kwe
atò se sa ki viv la
vil la kase ande anba grenn lapli
mayi mi anndan pasyans larepiblik
m pèdi inosans mwen
depi lè m konnen
m mouri nan rejis leta deja
se plas simityè poko genyen
kwele kwe kwe
ki gede k ap akeyi m
lè leta fin keyi m
mezanmi m pa mi vre non
m pa ko rèk non lepèp
se solèy ki kaka sou kakas egzistans mwen
m ekri powèm lan andaki
pou peyi k ap manje m lan
pa konnen si y ap manje l tou
kwele kwe kwe isit la
tout souf swaf yon vi k ap koule swa
yon vi fwe yon vi ki vivan toutbon
alòske rigòl ak dlo venn
f on chanjman pòs pou pòs
tout wòch nou voye dèyè leta
bouche nen yo ak fatra
kwele kwe kwe
venn nou kreve nan laj foulich
kri silans ensandye demen n
pa etone w si powèt la pa bay
leta regle anyen pou li
leta gentan ap lote mò
pou pay monnen
san konte sa twotwa
souse san yo san yon yota
kwele kwe kwe
powèm lan kreye yon krèy mo jiwòf
nan silabè bèt sèt tèt
k ap pote lespwa sou tèt
pou yon pèp ki pa sispann pran nan blòf.
Martilio D. LAMBERT || J’ai une mer sous les paupières
Ce soir, ma nuit est calcaire,
mon âme charbon,
mon cœur en cendres,
parachevant le festival de mon amertume.
J’écris des mots qui fuient ma bouche,
je crie,
mes maux fissurent ma couche cérébrale.
J’ai cru
colorier mon ciel obscur,
oser défier mon mal-de-lit.
Écoute !
Des lames de feu déchirent mes mornes jours,
des larmes, vicieuses, déchiquettent mon corps.
Coincé, écorché au fond de l’âme,
je décortique mes plaies,
drames !
Les amas de boue des rues du Cap
ont le goût amer de mes veines en fil de fer,
boules de sang
amassées sous la peau.
Chaque pas vers la vie
se dirige vers ce couloir voisin :
la mort.
Les rigoles des mornes défilent sur le boulevard,
mer bavarde sous mes paupières de pierre
– grondement lourd, sans fin,
emportant dans leur sillage
mon âme morte,
un esprit évadé
et ce moi perdu dans l’ombre.
Daneka Neissa JEAN
Parfois j’aimerais disparaître
et m’en aller loin,
très loin de cette ville
Ville malheur
Ville en hémorragie
Ici, on compte l’horreur à l’infini
La mort est absolue
Ville en feu
Ville cannibale
Ici, ma perte est mise en scène
Mon avenir est aux enchères
Ville en transit
Ville en pleine course
Disparaître
Parce qu’ici, vivre c’est fuir
Courir ça et là
sans destination
sans s’arrêter
La vie dans cette ville
un éternel marathon contre la mort
Disparaître pour échapper
Échapper à une balle perdue
Ah, Port-au-Prince
Tes balles ne sont jamais perdues
Non, elles connaissent leurs chemins
Elles trouvent leurs routes sous nos peaux
Elles transpercent, déchirent
Elles nous vident de nous-mêmes
Disparaître
pour ne plus revenir
Parce qu’ici
Ce qui ne nous tue pas,
nous tue autrement!
Djenane BELIZAIRE
Père, où es-tu ?
Je t’écris avec des mains tremblantes,
des morceaux de cœur éparpillés,
comme des cendres que le vent emporte.
À cause de toi je suis poète.
La douleur, muse éternelle,
trace des sillons invisibles sur mon âme .
Tu es l’auteur de mes mélopées moroses,
l’artisan de ce cœur en lambeaux
qui bat à contresens.
Je pleure ton absence.
Je parle d’un cadavre bien vivant, quand je parle de toi.
Et pourtant, malgré tout,
ma colère contre toi n’a jamais su enfanter la haine.
Où es-tu ?
Ici, le temps ne guérit aucune blessure.
Il creuse, il ronge, il m’écorche.
Plus les années passent,
plus ton silence m’étrangle,
plus le vide hurle en moi.
Quand une partie de soi est arrachée,
Il ne reste pas une cicatrice.
Seulement une plaie béante qui respire le vide,
un gouffre affamé de lumière.
Ne sens-tu pas que mon âme t’implore ?
Quand je suis sur scène,
la foule est une mer de visages vides,
car le tien n’est jamais là.
Je tends l’oreille, je m’égare
dans l’espoir d’un mot,
d’une fierté qui n’arrive jamais.
Père, où es-tu quand je m’écroule ?
Ne vois-tu pas ce combat que je mène
contre une détresse qui me ronge,
qui m’épuise ?
Ma voix se brise, rauque, tremblante,
elle t’appelle encore et encore.
Et toi, tu restes muet,
un fantôme glacial,
indifférent à mes larmes.
Mais malgré tout
demeure en moi l’amour d’une fille pour son père
Qui persiste, qui s’accroche,
malgré le froid, malgré l’absence,
malgré ce vide immense
Je t’aime encore,
et c’est ça, ma plus grande peine.
Deurdley MARCEUS || Battement de tambour
Tam tam! Tam!
Quelle caresse mélodieuse,
Elle vibre l’étincelle qui anime ma foule.
Rap tap ! TAM!
Quel est ce frisson qui dérobe
Mon être entier réclame cet instant exquis.
Patap ! Tap ! TAM !
Quel chant bouleversant !
Apaisant ma chair de l’escroquerie colon.
Telle la poule frétillante qui s’exulte dans de l’eau brûlante,
Mes orteils frappent leur terre, s’enfoncent, se libèrent.
Tam tam ! Tam tam tam!
Quel doux écho pour mon âme enchaînée
Je découvre les préludes secrets du repos.
Le maître endormi, je m’incline vers ce qu’il rejette,
Là où les Dieux, dans leur sagesse,
Cette nuit, m’en offre l’exutoire.
Rap tap tam !
Rap tap tam!
Rap tap tam!
Laissez-moi m’égorger pour ébranler la terre!
Goutte à goutte, que mon sang réveille l’enfer
Sous les pieds de mon malfaiteur.
Dansez sous ma révolte!
Plongez dans l’orage de ma rébellion!
Laissez mes hurlements s’élever en cantique,
Louant ma décadence,
Et mourez sous l’écho de ma résilience.
Jamesly DOMINIQUE
Le café fumait
Une vapeur légère flottait dans l’air froid du matin.
Tes yeux, deux étoiles lointaines,
brillaient d’une promesse que je ne saisissais pas encore.
Ta voix, une mélodie douce et fragile,
tissait des mots qui résonnent aujourd’hui
comme un écho dans les couloirs vides de mon cœur.
Un sourire fugace,
un éclair dans l’obscurité,
gravé à jamais sur la pellicule de ma mémoire.
Je ne savais pas, alors,
que le temps s’échappait entre nos mains
comme du sable fin.
Je ne savais pas que chaque mot,
chaque regard, chaque geste,
serait un trésor précieux,
une relique d’un passé
qui s’éloigne inexorablement.
Chaque instant, une pépite d’or,
que j’ai inconsciemment laissé choir.
Si j’avais su, si j’avais seulement su…
J’aurais retenu le temps,
j’aurais suspendu le cours des heures,
j’aurais gravé chaque détail dans ma chair,
chaque nuance de ton visage,
chaque inflexion de ta voix.
J’aurais savouré chaque seconde,
chaque battement de cœur,
comme si c’était le dernier.
Mais le destin, cruel et impitoyable,
a tissé son fil invisible,
un fil qui nous a séparés,
nous laissant avec le poids
d’un au revoir non dit,
d’un adieu silencieux.
Et maintenant,
il ne me reste que le souvenir
une empreinte indélébile,
une blessure ouverte qui saigne encore,
un vide immense qui ne se cicatrisera jamais.
Le souvenir d’une rencontre, trop brève,
qui fut aussi, à mon insu,
un adieu éternel.
Youven BEAUBRUN || La chute
J’ai vu dans tes yeux
la profondeur de ces vers que je débite,
Je m’y suis noyé à plein corps.
C’est douloureux de se sentir aussi vide
Alors qu’on aime à plein cœur.
Alors j’évite de plonger
Mais, ton odeur qui m’agace
Ton charme et ta grâce,
Parlent à mon âme naufragée
Et si j’ai chaud au coeur,
c’est parce qu’il y a ton reflet sur tous mes miroirs.
Je perd la tête pour t’avoir
J’ai écrit tous mes poèmes
sous le silence de la mélodie de ta voix.
J’ai vu le précipice,
Et malgré moi, je me précipite
Je t’ai vu,
et j’ai cru voir le soleil au milieu de la brume
Alors je me suis laissé percé par tes rayons,
Je me suis aventuré trop près de l’abîme
On a dû oublier que le soleil ça brûle
C’est idiot mais, plus on s’aime, plus on s’abîme.
Je m’habitue à la douleur comme à une prison.
Comment veux-tu comprendre une peinture
si tu ne regardes même pas le fond ?
Moi, je me suis fracassé la gueule,
j’ai voulu toucher le ciel,
j’ai atterri dans le plafond.
Mais ça va
C’est notre plus beau mensonge,
Mais ça va je te dis, quand je songe
À tes sourires qui m’angoissent,
à tes lèvres qui m’embrassent,
et la chaleur de ton corps qui m’embrasent,
Ça va !
Je me blesse rien qu’à penser à toi,
Entre t’aimer ou t’aimer,
il est où l’échappatoire ?
Je n’ai plus la force
de t’empêcher de te promener dans ma tête,
plus la force de t’oublier,
plus la force d’être ton amant
même pas une once de volonté pour te haïr
J’ai tout donné en t’aimant.
Alors je m’accroche,
quand tu appelles je raccroche,
tout de toi m’écorche, je m’efforce
Comme un arbre qui perd son écorce
Je t’ai perdu
On est resté jeune, mais les histoires nous plissent,
Je n’ai pas voulu tomber, tomber en amour pour toi,
Mais dommage, ce terrain-là, il glisse
Me voilà à terre …
Tombé…
Tombé d’amour…
Mais tant que c’est pour toi,
C’est une belle chute.
Millor ESTRIPLET || Dèyè Senmityè
Dèyè Senmityè pot tanga l tèt anba
Lizay pèdi lafas depi lè sibreka tounen koupyon
pou dechalbore, pou maspinen lavi
Nanpwen tan ankò pou di fanm pa dra
Fanm sispann fanm, dra sispann dra
Figi dèyè senmityè flenyèt flenyèt
Solèy sispann leve
Nanpwen tan pou sonje dantan
Dayè menm tan pèdi lespwa
Nan pwomennen mache chache
zago l fann
Mak pye l pa kite tras
Dèyè Senmityè pèdi vwa l
Kòlèt li deboutonnen sou Ri Monseyè Giyou
Pòtrè yon fanm gwòs ki pot yon pòte kadav marasa
Dèyè Senmityè ap kouri dèyè yon lafimen
ki kankanen tout chè an sann
Nan djakout malè l
Sibreka ap kwaze lepe
pou ofri yon espektak
ki kite Dèyè Senmityè ak figi drive l
Bwadchenn dechennen
Dèyè Senmityè tounen senmityè pou antere avni l
Yon rigòl san pentire pa pòt li an wouj
L al bout jouk anba Granri
Wolky DORRELUS || Rèv toufounen
Nathie
Yon jou lanmè va di w
konbyen fwa m ekri non w nan pla men l
Konbyen fwa simityè twaze m
nan swiv lonbray midi ki pote banda w
Konbyen fwa retay twal lanmò m
fè riban wòb Pòtoprens pou mare mòso ri w
ki gaye sou gran boulva gwo lajounen
Konbyen fwa pyepoudre m
janbe kadav lannuit
nan al chèche souri w anba vant lalin
Konbyen fwa janmdebwa
fè timoun Granri pile randevou m
nan siveye mak pye w pou m fè yon dènye lareverans.
Ney-Tebi MÉSIDOR || L’âme incandescente
Hier soir j’ai vu dans le miroir
Un garçon qui semblait brûler
J’ai eu un peu de mal à y croire
Mais je vous dis la vérité
Il m’a regardé dans les yeux
Quelques instants sans me parler
Ça devait être douloureux
Mais il semblait le supporter
De sa main il semblait m’appeler
Mais bizarement il a souri
Je me suis lentement approché
Et à ce moment il m’a dit
Allez regardez-moi brûler
Sans dire un mot et sans crier
Vous les voyez aussi les flammes
Qui sont en train de ronger mon âme
Mais non ne fermez pas les yeux
Regardez-moi encore un peu
Je vous en prie ne partez pas
Ne me laissez pas seul là-bas
Il a tendu la main vers moi
Je l’ai touché du bout des doigts
Il m’avait l’air si familier
Ce visage que j’ai oublié
Hier soir j’ai vu dans le miroir
Une âme en peine qui m’appelait
Je lui ai parlé sans savoir
Que c’était moi dans le reflet
Thomas LABE || Je coule
Je coule, oui, je coule
Les profondeurs abyssales de l’océan
De mes pieds, je foule
Je me sens dans le néant
Plus rien dans mon cœur ne fonctionne
Tout dans mon être se sectionne.
Je coule, oui, je coule…
La mer qui au départ était pour moi lieu d’aisance
N’a pour moi, aujourd’hui, aucune résonnance.
Je me noie dans mes soucis
Je suis au bord de l’asphyxie
Plus rien chez moi ne va
En somme, j’ai perdu foi
Je coule, oui, je coule…
J’ai perdu ma boussole
Plus rien ne me console
J’ai perdu tout sens d’humour
Et toute notion d’amour
Je me sens seul, même entouré d’une foultitude
Plus rien en moi ne tonne et ne sonne mieux que ma solitude
Je coule, oui, je coule…
Au fond de ma tête
Déferle une grande tempête
J’y cherche une bouée de sauvetage
Et pour accoster, un rivage
Mon âme a perdu tout sens de liesse
Mon cœur a oublié toute notion d’allégresse
La tristesse est désormais ma couche
Plus que l’angoisse, je n’accouche.
Je coule, oui, je coule
Je sombre, oui, je sombre
Je me noie, oui, je me noie.
Je manque de compréhension
Je n’ai plus de passion
Je fonds comme la bougie
Au fond de la douleur, je gis
Je coule, oui, je coule
Ma vie s’en va s’assombrissant
Mon existence s’en va s’effaçant
Je m’en vais avec amertume dans l’Hadès
L’angoisse et la dépression m’envoient ad patres.
Je coule, oui, je coule…
Jefferson PAUL || Port-au-Prince, l’écho des cendres
Je marche dans les entrailles fumantes de Port-au-Prince,
où chaque souffle est une plainte étouffée.
Les murs calcinés pleurent en silence,
portant le poids des âmes arrachées.
Ici, tout parle de ruine :
les maisons éventrées,
les rues désertes,
les regards vides des survivants.
Cette ville, autrefois frétillante,
est devenue un cimetière à ciel ouvert,
où le vent lui-même chuchote les noms des disparus.
Je vois des corps, figés dans des poses d’effroi,
victimes du feu, victimes de la folie humaine.
Des familles entières dispersées,
des mères qui fouillent les décombres
avec l’espoir absurde de retrouver un enfant perdu.
Dans cette danse macabre, la mort règne en maître,
impitoyable et froide.
Et pourtant, au cœur de cet enfer,
des braises d’humanité persistent.
Une femme partage un dernier morceau de pain.
Un vieil homme tend la main à un enfant qui pleure.
L’espoir, fragile et vacillant, lutte pour exister,
telle une flamme refusant de s’éteindre sous le vent.
Port-au-Prince, tu cries, tu pleures,
mais tu refuses de mourir.
Ton essence brûle plus fort
que les flammes qui te consument.
Ceux qui ont fui, déplacés par la violence,
portent en eux des souvenirs, des récits, des rêves.
Tu vis dans leurs cœurs,
même lorsque tes rues ne les abritent plus.
Dans cette vallée de cendres, je vois naître un serment :
celui de reconstruire, celui de renaître,
de vaincre la mort elle-même
Les cendres d’aujourd’hui
seront le terreau d’un avenir nouveau.
Alors, Port-au-Prince, tu te lèveras,
immortelle et fière,
portant les cicatrices d’un peuple indomptable.
Dans la douleur, je témoigne.
Dans la flamme, je résiste.
Dans le chaos, je chante :
Port-au-Prince vivra.
Saïka Jahelle PIERRE
Twa fwa pase la
Se diyite m ki rete la
M pèdi lavi, lanmou,
lòtbò, isi, pasipala.
Fou, verite m di sèlman
Pèdi, m te ka fè sèman
Atis, wi sof sou sèn nan
Ranvwaye piblik la pou antèman.
Spektak la fini
Pa bezwen fè bwi
Nou fin ri nan malè m
Pandye, bliye pase m pou m fè bonè m.
Koute m, m pa lwen
Men m pèdi, m pa mwen
Resisite oubyen mouri
Zonbi m pa p sispann souri,
Anbeli vizaj yon enkoni.
Lavi se lanmò m
Egziste pwazon m
M bwè chak gout lespwa,
Menm lè chak souf s on kwa.
Twa fwa pase la,
Se nanm mwen m vin depoze la
Swa m fou, swa m sou
Flou, tout bagay flou
Non, sou m sou
Yon boutèy pou chak vis
Paske m mwen m gen tout tit
Sof sa m sipoze ye a
M gen tout tit
sof moun.
Rudyard DÉRISTAL
Puisque la Poésie est cette fleur,
Seule modeste chandelle
Au seuil des portes
Noctambules et intrépides
Qui fait vibrer les champs,
Qui fait ambrer l’aubaine
En terre fertile à la moisson,
En faîte suprême à l’horizon.
Puisque la Poésie est cette cloche,
Seule humble alarme
Dont maîtresse l’ouïe
Peut assumer son exciter;
Ton prétentieux mais mélodieux
Bien, plus aurifère
Qu’une pierre des rois,
Qu’une pierre précieuse.
Puisque la Poésie est cette dame,
Seule haie d’honneur
Et voilà tout le palais
Qui cède à ses pieds;
Pièce intouchable,
Des princes, des reines.
Scandale et éclaboussures
Dès peu d’égard
À son altesse.
Puisque la Poésie est cette âme,
Seule Sainte Thérèse,
Ultime salvatrice
Que les fielleux
Peuvent approcher ;
Peu lui importe
Tout lui est soumis
Sans hérésie.
Berthdley PIERRE || Débris d’ombre
Je promènerai mes poèmes au bout de l’horizon
Je cracherai sur les laves stagnantes d’une falaise
Pour repeindre le soleil, pour maquiller l’orseille,
Je pendrai mon cou par-dessus les vagues des marées hautes
Briserai ma nuque sur le sommet d’un rocher castré
Pour cicatriser mes plaies émotives d’enfance
Jusqu’à chevaucher les sombres recoins des ghettos d’Haïti
À arracher de ma main brûlante mon cœur asphyxié,
Je suis sailli par la noirceur épineuse de mes solitudes
La flatterie n’a pas sa place au parvis crépus de mon scalp
Resurgir des crépuscules
Magmas bouillants
Pour chanter mes poèmes,
je crucifierai mes veines anémique
jusqu’aux confins déserts de l’enfer.
Jean Enolson DORCÉLUS || À l’Homme
Ô homme,
Toi qui portes sur tes épaules le poids des siècles,
Toi dont le regard, parfois noyé,
Cache des océans de souffrances,
Tu es l’écho d’une histoire inachevée,
Un combattant, une âme écorchée,
Par les vents du temps, par les coups du destin.
Mais tu marches,
Malgré les chaînes invisibles qui te lient,
Malgré les murs que l’on dresse autour de toi,
Tu avances,
Car tu sais qu’aucune nuit n’est sans fin,
Que chaque aube apporte une lueur d’espoir.
Toi, homme,
Tu n’es pas que poussière,
Pas que chair et os,
Tu es une force, une volonté,
Un rêveur qui se relève après chaque chute,
Un bâtisseur de demain, même quand le ciel est têtu.
Tu portes en toi
Les voix des ancêtres,
Les rires des enfants,
Les espoirs des oubliés.
Tu es l’héritier d’une terre qui n’oublie pas,
Et d’un peuple qui ne se lasse pas de rêver.
Ô homme,
Que tes mains ne tremblent pas,
Que ton cœur ne se lasse pas d’aimer,
Car tu es plus fort que les épreuves,
Plus grand que les murs,
Plus lumineux que les ténèbres.
Le monde peut te narger,
Mais jamais ne pourra-t-il t’effacer,
Car ton nom est inscrit dans les étoiles,
Dans l’histoire que tu écris chaque jour
Dans la mémoire de ceux qui aiment
Rapha Makaël SÉVÈRE || Silaboyo Siyopaka
Bouche couline
Victoria Montou,
Mots matériels de torture
À l’instant même,
je viens d’extraire cinq dents de leur fausseté.
Mon âme, une pancarte,
Les mots écrits rugissent
comme le cœur des Femmes guerrières
à la bataille de Vertières.
Ensanglantés, ils crient :
Non ! À leurs railleries sur notre ethnie.
Gorge pyromane,
Avalanche de feu,
Ey fout !
Je suis Limba Zaou Silaboyo Similom Siyopaka,
Je vomis des verbes à la face de leur emblème.
Ne me demande pas d’avoir la foi
J’accuse ton Dieu qui autrefois
A regardé expirer mes ancêtres
Comme ce géant dont le monument
se tenait sur la place D’armes du Cap-Haïtien
Déluge de tonnerre !
Multivers d’éclats de merde !
À tous ceux
qui ont voulu Hiroshimatiser mon patrimoine
pour noircir la lumière de mes étoiles
À chaque gorgée d’ambroisie de rage,
Mon scalpel de vérité
perfore le plexus de vos livres sacrés,
Je saccade rectum et côlon.
Je frappe, je frappe encore,
Trois coups de poème dans l’encéphale du colon,
J’explose son hippocampe,
Et enfin sur ses carcasses je plante un Mapou de Soleil,
Pour que les petits oiseaux de ma culture,
Puissent à nouveau chanter la Dessalinienne.
Jefferson Juanpablo Elisca JOACHIN || L’espoir éclot
Dans les ruelles sombres où l’ombre s’étend,
Les rêves s’accrochent, comme des fleurs au vent.
Des âmes en détresse, des cris dans la nuit,
L’espoir éclos, fragile, comme un rayon de vie.
Les gangs armés, comme des serpents qui rampent,
Tissent leur toile, en silence, ils se damnent.
Leurs yeux sont des fentes, des éclats de fer,
Mais au fond de leur cœur, brûle une lumière.
Des enfants perdus, dans un monde de brume,
Cherchent une étoile, une lueur qui s’allume.
Leurs rires étouffés, comme des fleurs fanées,
Renaissent dans l’écho d’un futur à aimer.
Chaque balle tirée, une promesse trahie,
Un espoir qui s’éteint, comme une flamme en vie.
Mais dans cette nuit noire, une voix s’élève,
Un chant de résistance, un souffle qui s’achève.
L’espoir éclos, comme un bourgeon de rose,
Dans le jardin des âmes, où la douleur explose.
Les murs sont des témoins, des secrets murmurés,
Des histoires de courage, des âmes libérées.
Au-delà des conflits, des luttes et des peurs,
Se dessine un chemin, un arc-en-ciel de cœurs.
Les chaînes se brisent, les cœurs se déploient,
L’espoir éclos, comme un chant de joie.
Alors, levons nos voix, pour ceux qui se battent,
Pour les rêves d’un peuple, pour l’amour qui éclate.
Dans chaque larme versée, une graine semée,
L’espoir éclos, dans l’unité, la vérité.
Au milieu des ombres, une lumière s’illumine,
L’espoir éclos, et la paix s’exprime.
Pierre Antoine CANGÉ || À ce 31 au soir
Ma plume transperce cette petite boîte
De souvenirs
Pour révéler à l’abîme les secrets
D’une nuit cambriole
Seul le vent peut interpréter
Les chuchotements d’une lune flambante
 la mémoire nostalgique
Perdue dans le noir
Tout comme
Le non-dit de nos maux Parle de ce soir au 31 intemporel
Je cherche à ranimer les jours dernière moi
Mon futur éprouve la douleur d’une couche
Pour enfanter un passé mielleux
J’ai perdu l’horloge
Pour capturer les tictacs de l’aiguille
L’éternité ne vaut pas plus qu’une seconde
J’ai égaré mon soleil de Vénus
Pour saisir tes yeux
Ma langue avoue ces crimes
Elle s’est doucement battue contre la sienne
La lumière en était pas témoin
Les étoiles désirait y plonger leurs regards
Te rappelles-tu?
Ma douce nuit kamikaze
Bombardée par l’éclair de ce baiser argenté
Nuit criminelle
31 innombrable
Soirée maudite
Labyrinthe sans fil d’Ariane
Pour m’écrire, je dois t’effacer
Contempler tes cendres
Afin de saisir ma flamme
Saigner pour trouver ma côte
En un Éden porté disparu
Merdenlove DELAFRANCE || Sacrifice textuel
Sur la page blanche, j’ai versé mon sang,
Chaque mot un cri, chaque ligne un tourment.
La plume, lame aiguisée par mes douleurs,
Grave des vérités au goût de rancœur.
J’ai offert mon âme à l’encre des nuits,
Livrant mes silences au papier qui luit.
Chaque virgule, une larme essuyée,
Chaque point, un coup porté à mes regrets.
Le verbe m’écorche, m’arrache l’éclat,
Je saigne des phrases qu’on ne lira pas.
Le texte consume ce qu’il reste en moi,
Un feu sacré que nul ne voit.
Sacrifice textuel, martyr volontaire,
Je me livre à toi, dépouillé, sincère.
Et quand la dernière lettre sera tracée,
Peut-être, enfin, serai-je apaisé.
Médéjina JEAN-BAPTISTE || Haïti, un cri sous silence
Vous osez me parler d’humanité,
De justice, d’unité, d’amour, de cœur,
Alors que mes frères et sœurs
Sont plongés dans un tourbillon de douleurs.
Des corps décomposés,
Des âmes déchirées,
Morts de faim, de soif,
Dans l’indifférence meurtrière.
Vous prétendez être des chefs, des ministres,
Des protecteurs des droits humains,
Alors que des prisonniers croupissent,
Quémandant justice sous vos regards froids.
Des voix étouffées, des rêves brisés,
Des espoirs éteints par la peur.
Les gouvernements deviennent bourreaux,
Sous les projecteurs indifférents du monde.
Pendant que les tambours résonnent,
Les cœurs saignent en silence.
Haïti n’est plus qu’un cri
Sous le poids du dédain.
Et vous, dirigeants, parlementaires,
Vous osez brandir vos mots,
Alors que les gens se moquent,
De vos actes vides, de vos promesses creuses.
Ralph Dominique LIMA || La complainte des perdus
Cieux, prêtez l’oreille !
Terre, écoutez ma plainte !
Sous les tonnelles de la brise marine,
je vois l’effondrement des âmes perdues,
Des échos de joies oubliées,
Et dans les rues, des corps meurtris par la violence
L’injustice résonne, implacable
Cieux, quand déchirerez-vous vos voiles d’inaction ?
Terre, pourquoi restez-vous silencieuse ?
Les fumées des flammes du chaos dissipent les rêves d’azur,
dans un pays-crime où l’avenir se perd,
L’innocence écrasée sous la balance de la corruption
Au pont de l’oubli,
Je perçois le ballet des larmes des âmes pures,
et l’orgie sanglante ravage nos provinces
Cieux, jetez votre colère !
Terre, soyez sans pitié dans votre fureur.
Les ombres ne cachent plus leurs crimes,
la grande ville s’effondre sous le poids du silence,
les forains perdent leur paix,
et les familles, hélas, sans espoir
Cieux, pourquoi n’agissez-vous pas ?
Terre, pourquoi tremblez-vous dans l’ombre ?
Ne voyez-vous pas les vies englouties avant l’aube ?
Les contrats de sang,
les exécutions furtives,
les enfants du pays sacrifiés.
Jusqu’à quand l’injustice régnera-t-elle ?
Où les seigneurs de la corruption volent la face
de sauveurs des ténèbres qui nous engloutissent.
Terre, souveraine de la fertilité,
Quand serez-vous rassasiée de nos sangs,
Versés sous l’ordre des ombres du déni ?
Montagnes d’Haïti,
Quand cesserez-vous d’abriter nos fugitifs,
Loin des bandits sans cœur,
Des spectres d’un carnage sans fin ?
Je vous implore,
Ô cieux, maîtres immémoriaux de la nature,
Combien de temps encore devrons-nous tenir,
Sous la pression de ces abominations ?
Que votre furie purifie nos terres,
Que les fils du feu de cette nation, forgés dans la braise,
Rebâtissent un royaume de paix et d’espérance
Hermionne SYDNEY
Ici,
Ici, c’est un raccourci vers la mort
Un demi pas
Sans effort pour l’au-delà
Une balle perdue
Le sang glacé
Ici on vit
Sans vivre
Ivre de peine
On prie on rit
On meurt sans gêne
Ici
c’est un cataclysme de désespoir
Un tourbillon de mélancolie
Un vide profond
L’incertitude à profusion
Ici,
c’est un chaos au jour naissant
Un ghetto vide au monde mourant
L’espoir tué
L’âme transpercée
Ici,
c’est un festival de mitraille
Un carnaval de cœur en miettes
Une bande à pied de réfugiés
Les pas fuyants des sinistrés
Une pile d’âmes et de corps blessés
Ici,
c’est un SOS répété
À l’écho étouffé
Une fuite infinie sous un ciel cassé
Des cris nocturnes éclaboussés
Ici,
on court vers nulle part
On chante en chœur un espoir blafard
C’est un perpétuel « Au secours »
Mais Perpétuel ne secourt plus
Ici, c’est un cœur qui saigne
Une main qui espère
Un œil qui veille
La mort à la croisée de la vie
Ici, c’est une ribambelle de belles femmes
Une pléiade d’hommes bien sculptés
Des âmes qui endurent
Des chants d’amour
Des chants d’espoir
C’est la peur à la rescousse de la vie
Ici, c’est la vie qui refuse de s’enfuir
Un rêve qui ne veut pas s’éteindre
Le soleil à la tombée de la nuit
La vie qui s’accroche
Une plainte d’espoir
Ici, c’est un festival d’émotions
Le vide, l’incertitude
Les éclats de rire
La vie à en crever
C’est une meringue
Ici, on chante nos revendications
On danse nos peines
On brave les heures
Et on rit de nos malheurs
Ici c’est la vie qui tient tête au trépas.
Un combat fragile
Un genou qui ne fléchit pas
Ici, c’est la liberté
C’est la vie
Et c’est ça, la vivre